Fiscalité

Comprendre les charges récupérables

Comprendre les charges récupérables

28 nov. 2025

4 minutes

Les charges récupérables occupent une place essentielle dans toute relation locative, car elles déterminent précisément quelles dépenses le bailleur peut demander au locataire en complément du loyer. Souvent confondues avec les charges de copropriété, elles correspondent en réalité aux seules dépenses utiles au quotidien du locataire dans un immeuble collectif, qu’il s’agisse de services liés au logement, de l’entretien des parties communes ou du fonctionnement des équipements collectifs.

Les charges récupérables et leur rôle dans la location

Les charges récupérables en tant que dépenses refacturables au locataire

Les charges récupérables correspondent aux dépenses engagées par le bailleur qui bénéficient directement au locataire dans l’usage quotidien du logement. Elles incluent notamment l’entretien des parties communes, la fourniture d’énergie pour l’éclairage des couloirs, le fonctionnement du chauffage collectif ou encore la production d’eau chaude lorsqu’elle est centralisée. Ces dépenses ne sont pas accessoires : elles reflètent le coût réel du fonctionnement d’un immeuble collectif et permettent au locataire de profiter d’un cadre de vie sécurisé et entretenu.

Elles sont généralement perçues sous forme de provisions pour charges, versées à travers une provision mensuelle et ajustées grâce à la régularisation annuelle. Ce mécanisme équilibre les dépenses réelles et les montants versés par le locataire, garantissant une transparence indispensable dans la gestion des charges locatives.

Les distinctions entre charges récupérables et non récupérables

La distinction entre charges récupérables et charges non récupérables repose sur un principe de responsabilité clairement défini par l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989. Le locataire rembourse les charges locatives liées à l’usage du logement, tandis que le bailleur reste responsable des travaux structurels, des grosses réparations et des frais de gestion.

Ainsi, les menues réparations ou les consommations d’énergie dans les parties communes sont récupérables, contrairement aux travaux de ravalement, au remplacement d’une installation centrale de chauffage ou aux honoraires du syndic.

Cette distinction, renforcée par la loi Alur, permet d’éviter les confusions fréquentes lorsque certaines dépenses du budget prévisionnel de la copropriété se mêlent aux frais refacturés au locataire. Comprendre cette séparation évite de mélanger charges de copropriété et charges locatives, un écueil courant source de nombreux litiges.

Le cadre légal défini par le décret de 1987

Le décret du 26 août 1987 constitue la référence juridique incontournable pour identifier les charges récupérables. Ce texte fixe une liste exhaustive de ces dépenses, incluant par exemple l’entretien des aires de stationnement, le nettoyage des voies de circulation, la taxe de balayage, la fourniture de produits d’entretien ou encore la taxe d’enlèvement des ordures ménagères.

La nature limitative du décret protège locataire et bailleur : aucune charge non prévue ne peut être ajoutée. Cette base réglementaire assure une gestion équitable des dépenses engagées dans les immeubles collectifs en précisant clairement ce qui peut, ou non, entrer dans les charges locatives récupérables.

Les éléments qui composent les charges récupérables

Les dépenses liées aux services rendus au locataire

Les services rendus au locataire couvrent l’ensemble des prestations quotidiennes nécessaires au fonctionnement de l’immeuble collectif. Ils incluent notamment l’alimentation en eau froide via les compteurs généraux, l’éventuelle production d’eau chaude lorsque celle-ci est centralisée, ou encore la fourniture d’énergie pour l’éclairage des halls et couloirs.

Lorsque l’immeuble dispose d’un gardien, une partie de ses missions peut être refacturée dès lors qu’elle concerne la sortie des ordures ou le nettoyage quotidien. Ces services s’intègrent dans les charges récupérables car ils permettent au locataire de profiter d’un environnement propre et fonctionnel, sans avoir à assumer les frais de gestion administrative qui demeurent non récupérables.

Les frais d’entretien courant des parties communes

L’entretien des parties communes représente l’un des volets les plus importants des charges locatives. Il englobe le nettoyage des halls, des cages d’escalier, des voies de circulation internes, des espaces extérieurs et des locaux d’ordures ménagères. Ces interventions favorisent l’hygiène et la sécurité au sein de l’immeuble collectif et répondent directement aux besoins de ses occupants.

Les petites opérations de maintenance, comme le remplacement d’une ampoule ou le nettoyage des vitrages accessibles, relèvent également des menues réparations récupérables. À l’inverse, les travaux plus importants, tels que la rénovation d’un hall ou la reprise d’une peinture, ne peuvent être récupérés car ils constituent des dépenses patrimoniales supportées par le bailleur.

Les coûts de fonctionnement des équipements collectifs

Les équipements collectifs, comme le chauffage collectif, les ascenseurs, les interphones ou les portes automatiques, entraînent des dépenses de fonctionnement qui entrent pleinement dans les charges locatives récupérables. Le contrat d’entretien de l’ascenseur, les vérifications périodiques, la fourniture d’énergie pour le chauffage central ou la production d’eau chaude collective font partie de ces charges.

En revanche, les travaux lourds, tels que le remplacement d’un moteur d’ascenseur ou la modernisation d’une installation centrale de chauffage, demeurent à la charge du propriétaire. Cette distinction repose sur la notion de dépenses réelles liées au fonctionnement courant. Elle protège le locataire contre la refacturation de coûts qui relèvent du patrimoine immobilier.

Les spécificités des charges récupérables en meublé

Dans une location meublée, les charges récupérables peuvent être calculées via un forfait de charges, une particularité qui simplifie le paiement mais supprime la régularisation annuelle. Ce forfait doit toutefois correspondre aux dépenses réelles supportées par le bailleur, sans quoi le locataire pourrait légitimement contester son montant.

Lorsque la location meublée fonctionne via des provisions, la régularisation des charges s’applique alors de la même manière que dans une location vide.

Le calcul, la régularisation et les justificatifs

Le calcul des provisions ou du forfait de charges

Le calcul des charges récupérables repose sur les provisions pour charges fixées à partir des dépenses engagées l’année précédente. Ces provisions sont versées chaque mois en même temps que le loyer, ce qui permet de lisser les coûts et d’éviter les variations trop brusques liées aux consommations d’eau, à la fourniture d’énergie ou à l’entretien des équipements communs.

Lorsque le bail prévoit un forfait de charges, celui-ci remplace la provision mensuelle et n’est pas soumis à régularisation annuelle. Toutefois, son montant doit rester cohérent avec le fonctionnement réel de l’immeuble collectif pour éviter tout déséquilibre financier ou toute suspicion de surfacturation.

La régularisation annuelle des charges récupérables

La régularisation annuelle constitue un moment essentiel : elle confronte les provisions versées aux dépenses réelles qui apparaissent dans le décompte des charges. Cette réconciliation permet d’ajuster les paiements, que ce soit par un complément dû par le locataire ou par un remboursement du bailleur lorsque les provisions ont été trop élevées.

Ce processus encadré garantit une parfaite correspondance entre les montants versés et les dépenses engagées. Il s’applique aussi bien en location vide qu’en location meublée lorsque le système de provision est retenu. Une régularisation des charges claire et détaillée permet d’éviter les tensions et de maintenir une relation locative sereine.

Les justificatifs obligatoires fournis par le bailleur

Le bailleur doit mettre à disposition du locataire les pièces justificatives servant à établir le décompte des charges. Ces documents peuvent inclure les factures d’entretien, les contrats d’entretien, les relevés de compteurs généraux, les frais liés à la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ou encore les documents du syndic relatifs aux charges de copropriété.

La consultation de ces justificatifs des charges renforce la transparence. Elle permet au locataire de vérifier la cohérence des dépenses engagées et de contester, si nécessaire, un poste qui ne correspondrait pas aux charges récupérables.

Les litiges et les bonnes pratiques de gestion

Les erreurs courantes lors de la facturation des charges

Les litiges liés aux charges locatives surviennent souvent lorsque des dépenses non récupérables, comme les frais de gestion, certains travaux ou des interventions structurelles de la copropriété, sont ajoutées par erreur au décompte des charges. Ces confusions proviennent fréquemment d’un mauvais tri entre les charges de copropriété et les charges récupérables.

Une autre erreur courante réside dans l’absence de distinction entre dépenses engagées pour l’entretien courant et travaux lourds. Un nettoyage régulier est récupérable, mais une remise en état complète des espaces extérieurs ou des voies de circulation relève de l’investissement immobilier. Une facturation imprécise conduit rapidement à des contestations justifiées de la part du locataire.

Les recours en cas de contestation des charges récupérables

En cas de désaccord sur les charges locatives récupérables, le locataire peut d’abord demander la communication des pièces justificatives afin de vérifier chaque dépense. Si la discussion avec le bailleur n’aboutit pas, une conciliation devant la commission départementale peut être engagée, permettant souvent de résoudre les litiges sans procédure.

Si le différend persiste, la loi permet au locataire de saisir le tribunal judiciaire pour obtenir une décision officielle sur la rectification du décompte des charges. Ce recours reste rare lorsque la régularisation des charges est menée avec rigueur et transparence.

Les bonnes pratiques

La gestion transparente des charges récupérables repose sur une communication claire et une présentation structurée des dépenses réelles. Tenir à jour les contrats d’entretien, fournir des justificatifs complets, séparer strictement charges de copropriété et charges locatives et expliquer la logique des provisions pour charges contribuent à renforcer la confiance du locataire.

Du côté du locataire, comparer les montants d’une année à l’autre, vérifier la cohérence des consommations d’eau et s’informer sur les obligations légales permettent d’éviter les incompréhensions. Une relation locative fondée sur la transparence facilite grandement la compréhension des dépenses engagées au sein de l’immeuble collectif.

Ce qu'il faut retenir

Les charges récupérables représentent un mécanisme essentiel pour répartir équitablement les dépenses liées au fonctionnement quotidien d’un logement. En distinguant clairement les charges locatives des charges de copropriété, les bailleurs et locataires peuvent gérer sereinement les dépenses d’un immeuble collectif.

La connaissance du cadre légal, la transparence dans la régularisation des charges et la compréhension des dépenses réelles constituent les bases d’une relation locative équilibrée et durable.